Bruits discrets et rumeurs paisibles
Emeuvent parfois ma demeure
Murs centenair’s planchers solides
J’ai pris à ferm’ votre demeure Forte de vos joies de vos peines
J’accueille vos joies et vos peines
Vous qui ô vies et morts paisibles
Avez vécu dans cett’ demeure
Vous qui l’avez faite solide
Je vous offre mes joies mes peines
Du fond de vos bras des enfants
Vous sont nés ont grandi s’en sont
Allés Ils ont fait des enfants
Vous êt’s morts dès lors ils mourront
Dans ces murs nous retrouveront
Nos enfants ont grandi s’en sont
Allés confiants vers d’autres bras
Ils bâtiront d’autres demeures
O ma demeur’ Puisque tout meurt
Pourquoi donc ne mourrais-je pas
Lorsque je croise Marie-Claude
Me voici j’aime à l’embrasser
La belle ô belle Marie-Claude
Me tend sa joue douce à baiser
Et je m’en vais en chantonnant
Devant l’ouvrag’ de la journée
Le dur hiver s’en mord’ les dents
La pluie battant’ s’en pinc’ le nez
Au rom qui geint j’donn’ quelques sous
Avec un’ poignée de paroles
J' redress’ l’immense chapeau mou
Au canich’ de Tina la Folle
Ah ! Marie-Claude
Ah ! comm’ j’aime à l’embrasser
Mais je ne suis pas le seul
Quand tu l’aperçois Marie-Claude
Ton cœur trembl’ t’aim’s à l’embrasser
La belle ô brun’ Marie-Claude
T'offre ses lèvr’s chaud’s à baiser
Et tu t’en vas les idées claires
Enfin décidé à te rendre
Chez un’ pauvre acariâtr’ ta mère
Boire un café au lieu d’ la pendre
Un’ douzain’ de demi-voyous
Tu les ramass’s dans le quartier
Trêve à la haine paix aux cailloux
Ce soir on y va balle au pied
Ah ! Marie-Claude
Ah ! Comm’ t’aim’s à l’embrasser
Mais tu n’es pas le seul
Quand les enfants trouv’nt Marie-Claude
Ils crient ils aim’nt à l’embrasser
La bonne et belle Marie-Claude
A des seins de sucre à croquer
Sur les chevaux du carrousel Ils f’ront des phrases buissonnières
Et changeront en ritournelle
Leur pesant’ leçon de grammaire
Ils prenn’nt l’aveugle par la main
De sa canne écart’nt les voitures
Sur le toboggan du jardin
P'tit’ paralysée voit l’azur!
Ah! Marie-Claude
Les enfants aim’nt l’embrasser
Mais ils ne sont pas les seuls
Vieux en fauteuil et vieill’s dames
Aimeraient tant à l’embrasser
I Ils craign’nt qu’ leurs lèvres sèch’s n’entament Un’ peau si fine à effleurer
Transis gelés ell’ leur rappelle
Leurs folies d’amour et l’eau vive
Déess’s jadis dieux immortels
Epaves morn’s à la dérive
O belle ô jeune Marie-Claude
Tes bras les bercent sur le cœur
Vienne la mort en sa maraude
De son regard ils n’ont plus peur
Ah ! Marie-Claude
VIeill’s et vieux aim’nt l’embrasser
Ils ne sont plus jamais seuls
O belle ô belle Marie-Claude
Tes bras nous bercent sur le cœur
Vienne la mort en sa maraude
De la mort nous n’aurons plus peur
1/ O mes compagnons (Récité)
(refrain) O mes compagnons
Venez
Et que chacun vienne
Avec un ami
Ou une amie
Que chacun amène
Un passant ou une passante
Vieille ou jolie
Qu’importe
Que l’on prenne
De ces gens de rien
Qui mendient dans les rues
Un sourire ou une parole
Et pourquoi pas
Quelques canailles
Et pourquoi pas quelques canailles
La maison est grande
La porte est ouverte
- J’ai le cœur en joie
La joie dans les mains
La joie sur les lèvres
Une joie folle
Une joie à danser
Danserai-je seul
- J’ai le cœur en peine
La peine dans les mains
La peine sur les lèvres
Une peine folle
Une peine à mourir
Mourrai-je seul
- J’ai le cœur plein d’audace
L’audace dans les mains
L’audace sur les lèvres
Une audace folle
Cette audace de vivre
Vivrai-je seul
4/ Carillonne
'(refrain)
Carillonne ô ma cathédrale
Cett’ nuit froide est ensoleillée
De guirland’s et de chant choral
De paquets à pleine volée
De joie mon cœur s’est soulevé
De joie mon cœur s’est envolé
- Les rues gard’nt leur air sépulcral
Polski hurle sous les arcades
Un cantique à pleine mâchoire
Et passée sa fanfaronnade
S’assoupit bouche en entonnoir
Comm’ chaque soir Tina la Folle
Etal’ ses pieds et ses blessures
Racont’ sa vie rue des 7 hommes
Quémande un sac et des chaussures
(refrain avec changement au dernier vers)
- La vill’ siffle un air qui fait mal
Terré sous le pont de Saverne
Sa tanièr’ ses livr’s ses cartons
Daniel fum’ pour ne pas fair’ maigre
Viennent les rats ses compagnons
Sandrin’ pleur’ boul’vard Clémenceau
Ell’ troqu’rait ses jambes de glace
Contre un café et un lit chaud
Où ell’ ne s’rait pas une ingrate
(refrain avec changement au dernier vers)
- Cett’ nuit ton absenc’ me fait mal
Elle est fermée la Marseillaise
Qu’import’ pour un sag’ la liqueur
Et donc seul sans jamb’s sur sa chaise
Socrat’ parl’ ce soir du bonheur
Petite rue du Vieil Hôpital
Jean Lamour est mort à présent
A force d’angoisse et de râle
Sur l’asphalte il gît souriant
refrain avec changement au dernier vers)
- Cette nuit ton silenc’ me fait mal
5/ Solitudes
Je te vois prendre de la terre
En grande peine en grande peine
Et la répandre tout entière
Dans l’eau claire de la rivière
J’ai soif Donne-moi de cette eau
Je te vois jeter ce pain chaud
Dans la boue en grande colère
Sifflez serpents criez crapauds
Un chien galeux en fait affaire
J’ai faim Donne-moi de ce pain
Je te vois tordre dans tes poings
Une corde à la branche nue
Sur ton visage un noir dédain
Messieurs les corbeaux Bienvenue
J’ai mal Donne-moi la main
6/ Trois frères
(youtu.be/kblRNhXDQ3Q)
(refrain)
Mon père était un homm’ juste et sévère
Cet après-dîner où il nous compta
Un’ forte somm’ d’argent à mes deux frères
Et à moi voilà longtemps de cela
Ma gorge se serra
Paul trouvait bell’ la terre et ses mystères
Il partit enjamber mers et montagnes
Lancer des ponts par-dessus ses chimères
Epuiser ses chaussur’s à qui perd gagne
On jura qu’il laboura le désert
Creusa des puits alluma des brasiers
Se nourrit de sa sèv’ de sa rosée
On jura qu’il épousa sa lumière
Je le revis tel un conquistador
Emacié dur comm’ fer les yeux ardents
Et dans sa voix profond’ j’entends le chant
De qui dans sa cave aurait un trésor
(refrain)
Pierre eut à cœur de construire un voilier
Il en oublia vit’ le nom des jours
La nuit il dessinait sur le métier
Le visage d’un voyage au long cours
Trois années de pein’ pour mettre à la voile
Sa femme et ses cinq enfants avec lui
Se guidant comm’ jadis sur les étoiles
Longue vue et cadet à la vigie
Je crus longtemps voyant descendr’ de bord
Ces fiers gaillards tannés par l’océan
Sa femme et lui cheveux blancs rayonnants
Que leur cale usée cachait un trésor
(refrain)
Le dernier des trois que pouvais-je faire
J’achetai la villa d’un peintr’ célèbre
Un’ voitur’ luxueus’ J’eus comme amantes
Des femmes belles froid’s évanescentes
J'ai à ma tabl’ grands vins et joyeux drilles
Nous philosophons sans chercher d’aiguille
Dans les bottes de foin Je lorgne sur
Sur n’ bibl’ fin treizième à enluminures
Mon père est mort je l’ai échappé belle
Le croisant dans les rues que lui aurais-je
Dit si ce n’est que bien souvent je rêve
De marcher jour et nuit à perdre haleine
8/ L'auberge du bon St Nicolas (youtu.be/vp0yx9uQpc0)
(Refrain)
Petit' rue du vieil hôpital
A trois pas de la cathédrale
Savez-vous le nec plus ultra
L'auberg' du bon St Nicolas
Dans l'anthologie d' la bonn' chère
Pas un mot Prenez l'annuaire
Pas un’ lign' pas mêm' une enseigne
Un fond d' rumeur vous y amène
La port' franchie pas une carte
Mais ces mots: Je sers tout's les bourses
On paie d'abord puis je régale
L' patron d'ici loin d'être un ours
Est philanthrop' cuiller au pot
Le typ’ d'vant moi laiss' ses godasses
En guis' de sous et son chapeau
Sur le comptoir j'étale un' liasse
(refrain)
Les chaises sont plein's les verr’s tintent
L'un se pâm' devant sa choucroute
L'autre à la santé du chef trinque
Tina la Foll' lorgn' sa langouste
Mon voisin le clochard d'avant
Se jett’ sur un coq au riesling
Dont l'arôm’ m'enflamm' la narine
Moi c'la fait une heur' que j'attends
Un violon tresse un' farandole
Sur les visag's joie sans bémol
Et sur un plateau mon festin
Deux sardin's du pain et du vin
(refrain)
Patron patron vous fait's erreur
Avec l'autr' qui pue mon voisin
- Mon ami connais-tu ton coeur
Dis-moi t'es-tu sondé les reins
Au voleur mais c'est infamant Je proteste énergiquement
Me voici vit' fait dans la rue
Coup d' bâton et coup d' pied au cul
(sur l’air du refrain)
On a fermé et c'est normal
A trois pas de la cathédrale
Rien n'est pire que ces fous-là
L'auberg' du bon St Nicolas
J'ai ouï dire un' auberg' pareille
A l'ombre d'une cathédrale
D'un' cathédrale oui mais laquelle
J'ai préparé quelques bagages
J'ai fermé ma maison quitté
Mes amis J'err' de ville en ville
Et de cathédrale en cathé- drale en France et dans les pays
J'retrouv'rai ce patron un jour Dussé-je user mes beaux souliers Perdr' mes bagag's vivre à genoux
Maigr' comm' gueux cœur vide et mendier
(sur l’air du refrain)
Sous le porch' d'une cathédrale
Ou c'est lui qui m' retrouv'ra bien
Pour me servir au bout d' sa table
Un verr' de vin un quignon d' pain
7/ Marthe
(youtu.be/sAZ8Me7apRM) (pour Jocelyne) (Refrain)
Emmène-moi loin de ma douleur
Me dit Marthe
Loin de ce corps qui sans cess’ m’écarte
De moi-même
Emmène-moi loin de la douleur
Petite fille mon corps me fait mal
Je le frappe des mains pour en chasser
Les méchantes souris qui me grignotent
Le ventre les mains les jambes les pieds
Folles ! Je ne suis pas une carotte
(refrain)
J’ai dix-huit ans et mon corps me fait mal
Mes nuits sont blanches et noir’s et je pleure
Et le jour je dors avec mes fantômes
Qui crient qui me torturent à toute heure
Je rêve d’un corps en aluminium
(refrain)
J’ai vingt-cinq ans et enfin un amant
Ses plus douces caresses me font mal
Je lui souris et c’est un ouragan
Qui me brise comme un os sur l’étal
J’ai vingt-cinq ans et j’aime mon amant
(refrain)
J’ai quelques rides mais j’ai un enfant
Une maison des amis l’océan
Les voutes romanes et leur plain-chant
Un pinceau des livres On me dit belle
Je ne dis rien je souris et je veille
10/ Aurore
Figée au fond de la détresse Sans eau sans pain et sans sommeil As-tu perdu un enfant Est-ce Un frère un amant sans pareil
Déjà la pierre froide pèse Sur tes parents sur tes amis La lune tombe sur ta chaise Et tu ne cherches pas d’abri
Tourne vers moi ton visage Pose en ma main ta maigre main Déploie ton corps sur le rivage Le vent caressera tes seins
Je suis (Regarde bien) ton père Pas si trépassé qu’on l’a cru Et ta mère à la voix si claire Et ton frère au rire ingénu
Je suis ton merveilleux amant Que tu couvrais de fols baisers Je suis tes amis Jeanne et Jean Ils t’apprirent un jour à danser
Le pauvre que tu rassasias La fille battue jusqu’au sang Dans ton lit blanc tu l’hébergeas
Le jour paraît et dans tes bras (Ouvre-les) je suis ton enfant
9/ René
(refrain)
Tu n’aurais pas dû nous prendre en traître
Nous fair’ ce coup-là comm’ ça René
Que faire à présent battus en brèche
Cœur de travers et tête baissée
Karim t’avait trouvé Grand’Rue
Sous l’escalier où tu dormais
Les yeux pochés lèvres fendues
Corps et âme noircis de plaies
On t’avait frappé sans raison
Quelques voyous pour s’amuser
De poings et pieds copieus’ ration
Un’ poubell’ pour te couronner
Ces nuits de décembr’ froid’s et vides
Karim t’avait conduit chez lui
Chez lui pas d’argent mais tant pis
Il t’avait couché dans son lit
(refrain)
Et nous venions chacun son tour
Mais chaque jour François et Jeanne
Laver tes plaies bander ton âme
Te distrair’ d’un petit bonjour
Soraya réclamait des sous
Pour Karim Angèl’ des habits
Alex te cherchait un logis
Un’ porte à toi et des verrous
Le dimanch’ c’était jour de fête
Paul jouait de l’accordéon
Tom et Chlo chantaient de vieux airs
Leur fill’ te peignait des maisons
(refrain)
Avec l'abbé Pierre et des aides
Publiqu’s on t’avait pour pas cher
Déniché un p’tit quelque chose
Cuisine et fenêtr’ sur les Vosges
En chœur nous t’avions installé
En grande pomp’ comm’ coq en pâte
Champagn’ photo dans le journal
Puis on t’a un peu oublié
Et voilà qu’un soir en silence
T’as foutu le camp tu es mort
- Le cœur m’en tomb’- te voici cendres
Sous un carré d’herb' cim’tièr’ Nord
11/ Nous partîmes à pleines jambes
Nous partîmes à pleines jambes Au grand soleil dans les étoiles Le cœur débordant d’espérance Et désarmés jusqu’à la moelle
Nous marchâmes ne dormant guère De l’aube à la nuit finissante Mangeant debout buvant à peine Calmant la hât’ par le silence
Nous traversâm’s de noir’s forêts Nous y perdîm’s notre chemin Presque noyés dans les marais Brisés ou presqu’ dans les ravins
Quelquefois un vague habitant Sans parol’ montrait de la main Le soleil son lointain couchant Nous offrait des fruits et du pain
Nous parvînm’s au bout du voyage Faibl’s en guenill’s boitant émus La nuit s’allongeait sur le sable La maison était vide et nue
Pas un’ chaise un’ tabl’ pas un lit Nous tombâm’s sur ce sol amer Nous couvrant de nos seuls bras maigres Les yeux brûlants nous crûm’s mourir Il faut vivr’ pour ne pas mourir Nous fîm’s une espèc’ de printemps De ce désert de cett’ folie Du blé d’ la vigne des enfants
Du blé d’ la vigne et des enfants
12/ T u n'es pas d'hier
Tu n'es pas d'hier ni de demain
Mais d'aujourd'hui cet instant même
Cet instant même que je tiens
Tel une pierre dans la main
Ma maison aux vieux murs de grès
Tu es l'arbre de mon jardin
Qui accueille soleil et pluie
Le blé la pomme le raisin
L'abeille et son miel Le doux bruit
Du ruisseau dans l'ancien moulin
Tu n'es pas d'hier ni de demain
Mais d'aujourd'hui cet instant même
Cet instant même que je tiens
Tel la tortue près de la main
Mystérieuse citadelle
Tu es la présence l'absence
Présence en feu dans le fou rire
Des enfants La joie d'une amante
Qui chante et s’élance et chavire
L'absence dans un cri la nuit
Tu n'es pas d'hier ni de demain
Mais d'aujourd'hui cet instant même
Cet instant même que je tiens
Tel une alouette à la main
Prête à partir à tire-d'aile
Tu es l'ombre la mort qui rode
Dans le couteau et la sirène
Cette lente forêt la nôtre
Tu l'élagues avec trop de zèle
Ma compagne oh! sois plus humaine
Tu n'es pas d'hier ni de demain
Mais d'aujourd'hui cet instant même
Cet instant même que je tiens
Comme du pollen dans la main
Pollen cette vie qui essaime
Notre vie
13/ Dans ton panier
(refrain) On frapp’ des mains devant la porte
Te voici avec ton panier
C’est la campagn’ que tu apportes
Sur ton visage sa lumière
La santé que donn’ le grand air
Et le plaisir d’ensoleiller
Printemps été automne hiver
Jamais ne sais s’il me faut de ton panier
D’abord te décharger
Ou si je dois mains à tes épaul’s poser
Sur tes joues un baiser
Envolée ta veste légère
Jonquill’s violettes à poignées
Narciss’s pâquerett’s primevères
Coccinell’s quittent ton panier
Pour folâtrer dans la maison
- Respir’donc comm’ cela sent bon
- Respir’ donc comm’ toi tu sens bon
(refrain)
… Sur ton front un baiser
Envolé ton chapeau de paille
A la coroll’ de boutons d’or
Ces frais’s dans tes mains renversées
Et ces mirabell’s quel régal
Epis de blé à ton panier
- Et cette abeill’ qui batifole
- Tu es l’abeill’ qui batifole
(refrain)
… Sur tes yeux un baiser
Envolée en plein ciel ta robe
Vers les cigogn’s s’en est allée
Tu m’offr’s en riant tes seins comme
Raisins baisers poires et pommes
Qui alourdissent ton panier
- Prends des verr’s pour le vin nouveau
- Prends mes lèvr’s pour le vin nouveau
(refrain)
… Sur tes lèvr’s un baiser
Env’loppée dans un noir poncho
Je croyais voir dans ton panier
Des confitur’s et du sirop
Du houx vert et des pomm’s de pin
Du bois coupé ton air mutin
- C’est un merle à l’aile brisée
- C’est un merle à l’aile brisée
(sur l’air du refrain)
On frapp’ des mains devant la porte
Te voici mais sans ton panier
Est-ce un malheur que tu apportes
Merle guéri s’est envolé
Il chant’ dans le ciel retrouvé
Il chant’ ce qu’il a retrouvé
- Mais si tu as le cœur à mal
Je te délivrerai du mal
14/ Et toi tu dors
La maison craque
Sous la tempête Tell’ canonnade Noir’ cavalcade A l’aveuglette Réveillerait Tout c’ qui est mort
Et toi tu dors Et toi tu dors
Voleurs qui rodent Sous la tempête Pas d’équivoque Ils se rapprochent Brusqu’s silhouettes T’attraperaient Bon sang de sort
Et toi tu dors Et toi tu dors
La maison hurle Sous la tempête Plus de serrure Plus de toiture Mille squelettes T'embrasseraient Sur tout le corps
Et toi tu dors Et toi tu dors
Qui est ici Sous la tempête Dessous le lit La Mort qui rit Avec sa serpe T’égorgerait Ell’ n’a pas tort
Puisque tu dors Puisque tu dors
15/ L'anneau
( youtu.be/H_0wKCK_3Ac) (refrain)
Mon amie s'en est allée
Pour un long voyage
Que n'ai-je gardé au doigt
L'anneau qu'elle m'a donné
Avant son départ
Dans le cœur - ô mon cœur - grand émoi
J'ai bouleversé chaque endroit
De cette maison de malheur
Encombrée de port's et d'armoires
De tables d'objets de fauteuils
J'ai maintes fois tordu mes poches
Secoué mes livr’s balayé
Au vent cett' maison du remords
Que de lampes n'ai-je allumées
(refrain)
Dans le cœur - ô mon cœur - désarroi
J'aurais invité mes amis
Les voisins leur chien pour un' fête
J'aurais apporté un habit
A Karim et ma bicyclette
Qu'il n'ait plus honte à chercher femme
J'aurais pris Polski par le col
Ivre ou gémissant et de force
L'aurais conduit à l'hôpital
(refrain)
Dans le cœur - ô mon cœur – cette angoisse
Mon amie viendra une nuit
Me surprendre nue dans mon lit
Et ruiner mes châteaux d'Espagne
Où je me serais réfugié
Que lui répondrai-j' quand lié
Par ses bras serré au visage
Ell’ me dira: Qu'as-tu fait oui
De l'anneau que je t'ai donné
Avant mon départ
17/ Rue Brûlée
(refrain)
Rue Brûlée 26 rue Brûlée Une ruell’ - J’y passe tous les jours Maigr’ qui se hasarde à rebours Entr’ les grilles de l’évêché Une arrièr’ cour de préfecture Et l’hôtel de ville aux longs murs Et pourtant j’y passe tous les jours Rue Brûlée 26 rue Brûlée
Près du ciel le piano résonne Pour les doigts appliqués d’Angèle Ch’mise ouvert’ sa maman chantonne Frott’ des vitr’s envieus’s de soleil
Moniqu’ sanglote à la cuisine Le couteau gliss’ sur les oignons L'eau foll’ déborde à gros bouillons Son mari siffle et la câline
(refrain)
Marie la p’tit’ paralysée Tire et retir’ d’un’ main qui bouge Et qui le garde prisonnier La ficell’ de son ballon rouge
L'acteur Montreuil déclam’ des vers Champagne en main dans sa baignoire Avec ce sein qu’on n’ saurait voir Chapeau bas Mesdam’s pour Molière
(refrain)
Au 3èm’ des volets fermés Le temps qui passe en rong’ les bords Un balcon forgé de fleurs d’or Etouffées de toil’s d’araignées
Des moineaux qui piaill’nt sur le toite chat s’étir’ sur la gouttière Le ballon roug’ mont’ dans les airs Un avion s’éloigne tout droit
(refrain suivi de)
- O mon amour
16/ Un singulier vigneron
Nous divaguions ce matin-là
Dans le froid plac’ des Orphelines
Battant la s’melle avec Karim
Un homm’ singulier s’arrêta
Suivez-moi tous les trois dit-il
J’ai besoin de bras pour ma vigne
Vous aurez tant pour la journée
L’assiette à table et le café
Top’ là ! et bientôt nous voilà
Au pied des Vosges dans les vignes
Chargées de raisin et de givre
Haut les manch’s ! l’ouvrag’ n’attend pas
(refrain)
Mains aux grapp’s et grapp’s au panier
Paniers renversés dans la hotte
La hott’ chemine vers le pressoir
- Pressons pressons les âmes fortes
Que vous soyez vin bon à boire !
Pas de vinaigr’ dans mon cellier
Au fil des heur’s d’autres poignées
D’homm’s de femm’s d’enfants criailleurs
Tout un peuple attend sa journée
L’églis’ du villag’ sonn’ les heures
Au travail Karim au travail
Mon fils pas comm’ ces tire-au-flanc
Cett’ femm’-là qui fait sa cigale
Cet échalas son don juan
Courag’ Karim courag’ mon fils
Pluie battante ne traîne pas
Les prim’s ce soir les bénéfices
Ne tomb’ront pas sur ces gens-là
(refrain)
Déjeuner copieux pour tout l’ monde
Idem les nouveaux qui commencent
Leur journée à s’remplir la panse
Un harmonica pousse un’ ronde
Tiens donc ! les enfants tir’nt les grives
Ceux-là nous jouent les bons apôtres
Et là-bas Au s’cours ! sous les vignes
Tout nus on fait l’amour on miaule
Rien n’va plus Karim ! ce type-là
Sous le soleil roupille au calme
Caché comme un ang’ c’est un’ honte !
Que fait l’ patron où est-il donc ?
(refrain)
Le soir arrive et le salaire
- Silenc’ mon frèr’ ! - Du calm’ mon père !
Dans nos mains le compt’ n’y est pas
Pas un sou d’plus que ces gens-là
Dans nos poch’s non ! c’n’est pas la joie
Pas un sou d’plus que ces gens-là
- Du calm’ mon frère ! - Silenc’ mon père !
Y a des chos’s qui n’se comprenn’t pas
Y a des chos’s qui n’ se comptent pas
18/ L'hirondelle
Il est une hirondelle
Dans les rues de la gare
Qui s’est faite à l’hiver
Nouvelle et pas sauvage
P’tite hirondell’ de nuit
Batt’ment d’ail’ la voilà
Plus jolie qu’paradis
Pour les gens qui ont froid
Et qui n’ont pas le sou
Sandrin’ mais tu chantonnes
D’autres pass’nt et vous donnent
Du café de la soupe
S’il y a d’ la place un lit
Du moins un’ couverture
Puis les voilà r’partis
Autres rues autr’s blessures
Sandrin’ mais tu chantonnes
Plus tendr’ qu’ le paradis
Bien meilleur’ que l’alcool
Quand on n’a pas de lit
Y en a un dans ton nid
Caress’s avec paroles
Tout ça sans jalousie
On vient à tour de rôle
Sandrin’ mais tu chantonnes
P’tit’ hirondell’ de nuit
Ce soir Momo s’envole
Plus loin qu’ le paradis
Réchauffé dans tes ailes
T'es bien mieux que l’alcool
Mêm’ si t’es un peu maigre
Tu es notre boussole
Qui nous guid’ vers la gare
C'est Hubert qui le dit
Qui t’siffl’sur le boul’vard Paulus le dit aussi
Sandrin’ mais tu chantonnes
Tu es notre hirondelle
Notre petit je t’aime
Tu es notre auréole
Chantonne oh ! oui chantonne
Sandrin’ petit’ Sandrine
Tu es notre auréole
Tu es notre orpheline
20/ Notre mère chantait (youtu.be/7Sn2c5Ivcs0)
(refrain) Et notre mère chantait Dans nos jardins d’enfance Ritournelles de France Vieilles légendes Petits anges autour d’elle Nos mains mêlées aux siennes Pour les travaux de la maison Nous frissonnions Nous hurlions De peur et de joie A sa voix
Profonde la maison et froide Lente à chauffer Charbon et bois A monter – Courag’ les enfants ! Dans la cav’ se cach’nt les brigands
Chevaux noirs poignards estocades Pas pour les enfants aux mains vides Pas pour les garçons qui sont sages Qui ont dix en mathématiques
Les briquett’s sont les lingots d’or Devenus noirs par l’âme noire Des brigands à larges mâchoires Faisons grand feu de leur trésor
(refrain)
La maison s’ouvre sur l’église Maudit sois-tu carillonneur Quand tu emportes par erreur Le boulanger dans tes valises
Et maudit soit la Barbe bleue Qui égorge les petit’s filles Curieuses devenues marquises Dans son château sur un prie-Dieu
C'’est la cloche du vieux manoir Les enfants à vos oreillers Dimanche je vous chanterai Saint Nicolas et le saloir
(refrain) La maison est près des remparts Où boiv’nt les chevaliers vantards Mais la princesse a épousé Le gentil petit cordonnier
Laissez vos crayons vos moutons Nous descendons dans le jardin Cueillir des herb’s du romarin Et nous chanterons la chanson
Ecoutez les enfants le bruit Le moulin va trop fort trop vite Le meunier est un étourdi Peut-être le diable l’excite
(refrain)
Dans le grenier trois souris vertes Trois petits tours et puis s’en vont Ce sont bonn’s fées qui nous alertent Qui chass’nt et qui tuent les dragons Mais plus fort le divin enfant Entre le bœuf et l’âne gris Saint Joseph et sainte Marie Notre beau sapin et nos chants
Il faut passer chez la voisine Elle est vieille et seule elle a froid Avec chansons et clémentines Et des männele et du bois
21/ Lève-toi ma belle (youtu.be/PbvzZvZcVfg)
Lève-toi ma belle
Ouvre tes paupières
Avant qu’il s’en aille
Rattrapons l’hiver
Floc-flocons de neige
Grand froid dans les Vosges
D’une seule haleine
Entre terre et ciel
Le nez au soleil
Chemins difficiles
Les sapins en aube
Sourient immobiles
Debout il est temps
Plus vite que vent
Avant qu’il s’en aille
Prenons le printemps
Dimanche aux oiseaux
Déjeuner sur l’herbe
Les parfums en fête
Vives roucoulades
Clins d’œil en duo
Une promenade
O gué ! matelot
La barque nous berce
Mains et pieds bougez
Lèvres souriez
Avant qu’il s’en aille
Rattrapons l’été
Couvre ton épaule
De ces bouts de lierre
Soleil et amant
Ont un goût de fièvre
Fraîche nous attend
Là-bas sous les saules
Que la brise frôle
L’eau de la rivière
Baillant sans vergogne
Il nous faut Parole !
Avant qu’il s’en aille
Rattraper l’automne
Cache-cache à gage
Vignes et pommiers
Feuilles et tonnelles
Gare à l’embuscade
Merle déniché
Grogne virevolte
Fi! donc ! les querelles
Juteuse est la pomme
Lève-toi ma belle
Ouvre tes paupières
Avant qu’il s’en aille
Rattrapons l’hiver
Floc-flocons de neige
Grand froid dans les Vosges
D’une seule haleine
Entre terre et ciel
Des baisers de neige
Voici pour ta peine
Montons par les Vosges
Au septième ciel
19/ Solange
(youtu.be/t2CgVzHA-bw) Je suis allé voir
Mon amoureuse
La porte était close
La porte était close
Mon amoureuse
Je suis allé voir ma mère
Avec ses amies
Avec ses amies
Etait ma mère
Je suis allé voir
Les enfants
Ils battaient le fer
Ils battaient le fer
Mes enfants
Je suis allé voir
Mes compagnons
Au diable vauvert
Au diable vauvert
Mes compagnons
Je suis allé voir
Solange
Ell’ v’nait de mourir
Ell’ v’nait de mourir
Solange
Je suis allé voir
La cathédrale
Ell’ sonnait le glas Ell’ sonnait le glas
La cathédrale
Ma cathédrale
22/ O mes compagnons (envoi)
(youtu.be/ndNTdneVaQQ)
(refrain)
0 mes compagnons venez
Mains et pieds nus ou bras chargés d’enfants
Venez Belles au cœur et vieilles gens
Grands gaillards et jeunes fill’s sans lumière
Nous bâtirons dans nos faubourgs de pierre
Un’ cathédral’ dans nos faubourgs de pierre
O mes compagnons venez
Nous ferons fête
A Marie Contes et marionnettes
Dix ans et des jambes de plomb
Nous serons merl’s et violons
Pour ell’ nous s’rons clowns et poètes
Nous ferons fête
Tambour battant sonnez trompettes
Jarr’tell’s fines et poignées de riz
Angèle et Jules se marient
Pour eux nous s’rons clowns et poètes
Et trouble-fête
On pourra crier à tue-tête
Mal d’argent nous l’avait perdue
Notre Silviane est revenue
- Avec nous sois clown et poète
(refrain)
Nous irons voir
Tina la Foll’ qui vend le soir
De vieux sacs et d’affreus’s chaussures
A genoux sur un’ couverture
Près d’ell’ nous irons nous asseoir
Nous irons voir
Karim l’Etranger sans espoir
Qui tremble depuis des semaines
Qui multiplie les stratagèmes
Près d’ lui nous irons nous asseoir
Nous irons voir
Sarah qui pleur’ dans un couloir
Son enfant est mort dans la chambre
Dans ses bras elle n’ose le prendre
Près d’ell’ nous irons nous asseoir
(refrain) Faubourgs de pierre
Ouvrez grand port’s et fenêtres
Vos mains plein’s comm’ tabl’s sous les arbres
Nous y goûtons pain et fromage
Nous y devisons verre à verre
Faubourgs de pierre
N’entendez-vous pas sous la terre
Un bruit de pas le chant des âmes
Remue-ménage et voisinage
Siècles passés dans nos ruelles
Faubourgs de pierre
La vie s’en va à tire d’aile
La mort l’accompagn’ comme une ombre
Familière et nous désencombre
Amis la terre nous soit légère
-Amis la terre vous soit légère